(vidéo 5 minutes)
đ± De la friche au potager-forĂȘt Version 3 : buttes forestiĂšres & lombricompostage
(VidĂ©o â 5 minutes)
Si vous avez suivi lâhistoire de la ferme, vous savez que ce potager nâest pas nĂ© dâun coup de pelle.
Il est nĂ© dâune histoire familiale, dâune transmission et dâun hĂ©ritage.
En 2020, lorsque nous nous installons Ă la ferme, cette parcelle porte encore les traces de plusieurs activitĂ©s passĂ©es. La terre est noire et meuble par endroits, mais le terrain est aussi envahi de ronces, traversĂ© de grillages et de barbelĂ©s, avec des bouteilles en verre, du plastique et diffĂ©rents vestiges liĂ©s notamment Ă la viticulture et Ă lâĂ©levage de volailles.
Cette parcelle avait Ă©tĂ© cultivĂ©e. Puis le papi Bonneau, devenu ĂągĂ©, nâavait plus eu la force de lâentretenir.
Ă notre arrivĂ©e, il ne sâagissait donc pas immĂ©diatement de « crĂ©er un potager-forĂȘt ».
Il fallait dâabord retrouver le terrain sous ce qui sâĂ©tait accumulĂ©.
Ăclaircir. Nettoyer. Retirer les dĂ©chets un Ă un. Observer ce qui Ă©tait encore lĂ .
Et câest ainsi quâa commencĂ© une aventure qui, plusieurs annĂ©es plus tard, continue encore de changer de forme.
đŸ Version 1 â 2021 : observer avant dâagir
Premier choix : nous ne retournons pas systématiquement la terre.
Nous expérimentons plutÎt différentes couvertures en utilisant des matiÚres disponibles : foin, feuilles, broyat et autres matiÚres organiques.
Et nous observons.
En soulevant certaines matiĂšres, nous rencontrons notamment des vers de terre.
Ils nâĂ©taient pas arrivĂ©s parce que nous avions dĂ©cidĂ© de crĂ©er un potager.
Ils étaient déjà là .
Cette observation va progressivement influencer notre maniĂšre de travailler et de transmettre.
Ă la mĂȘme pĂ©riode, le lombricompostage occupe dĂ©jĂ une place centrale dans notre activitĂ©.
Mais il est important aujourdâhui de distinguer les deux.
Les vers rencontrĂ©s dans le terrain et les vers de compost utilisĂ©s dans nos lombricomposteurs nâont pas nĂ©cessairement le mĂȘme mode de vie.
đ Ce que les vers racontent selon leur milieu naturel
Le lombricompost, quant Ă lui, est une matiĂšre issue du lombricompostage que nous choisissons dâutiliser dans certaines de nos expĂ©rimentations.
Petit Ă petit, le carrĂ© potager devient donc autre chose quâun endroit oĂč produire quelques lĂ©gumes.
Il devient un terrain dâexpĂ©rimentation et dâapprentissage, pour nous comme pour celles et ceux qui viennent Ă la ferme.
đł Version 2 â 2023 : les buttes forestiĂšres changent le paysage
En 2023, nouvelle étape.
Léo prend en main le projet, activement soutenu par Ludo.
Cette fois, il ne sâagit plus seulement dâentretenir lâespace existant.
Il faut repenser son organisation.
Volumes, circulations, emplacement des différentes zones, matériaux disponibles : le potager commence à évoluer vers une organisation inspirée de certains principes observés en milieu forestier.
Bois de récupération, branchages, cartons bruns, feuilles et autres matiÚres disponibles sur la ferme sont mobilisés.
Nous utilisons également du lombricompost et certaines litiÚres de vers semi-décomposées dans le cadre de nos expérimentations.
Et progressivementâŠ
les premiĂšres buttes forestiĂšres prennent forme.
đ Construction dâune butte lors de Tous au Compost 2023
đȘ” Mais quâappelons-nous « butte forestiĂšre » ?
Ă la ferme, nous utilisons ce terme pour dĂ©signer les buttes que nous avons construites avec diffĂ©rentes matiĂšres disponibles, notamment du bois, des branches, des feuilles, du carton et dâautres matiĂšres organiques.
Ce nom raconte donc avant tout notre maniĂšre dâamĂ©nager cet espace en nous inspirant de ce que nous observons dans dâautres milieux.
Nous ne présentons pas ces buttes comme une méthode universelle ni comme un systÚme garantissant un résultat particulier.
Ce qui nous intéresse surtout est de suivre leur évolution.
Comment les matiĂšres changent-elles ?
Quels organismes observons-nous ?
Comment les végétaux évoluent-ils ?
Que reste-t-il de la structure deux ans plus tard ?
Et surtout : que devrons-nous modifier dans la prochaine version ?
đ Construire⊠et transmettre en mĂȘme temps
Le chantier de 2023 comporte une autre dimension importante.
Léo et Ludo ne travaillent pas seuls.
En parallĂšle des amĂ©nagements, ils conçoivent et animent des ateliers-formations avec des classes dâadolescents.
Les jeunes du Lycée Tracy de Vire participent.
Ils observent.
Ils manipulent les matériaux.
Ils construisent.
Ils posent des questions.
Et Léo et Ludo doivent alors faire quelque chose de beaucoup plus difficile que construire une butte :
expliquer pourquoi ils font ce quâils font.
Câest probablement lĂ que le projet change vĂ©ritablement de dimension.
Le potager devient aussi un outil pédagogique de terrain.
đ Et quâavons-nous rĂ©ellement observĂ© ?
AprÚs la construction des premiÚres buttes, nous avons évidemment suivi leur évolution.
Certaines zones ont demandĂ© peu dâarrosage dans les conditions rencontrĂ©es pendant certaines pĂ©riodes.
Des champignons sont apparus sur certains morceaux de bois.
Des vers et dâautres petits organismes ont Ă©tĂ© observĂ©s sous diffĂ©rentes matiĂšres.
Les cultures ont évolué de maniÚre variable selon les emplacements et les saisons.
Mais nous ne transformons pas ces observations en promesses.
Dire :
« Nous avons peu arrosé cette zone pendant cette période »
nâest pas la mĂȘme chose que dire :
« Une butte forestiĂšre supprime presque tous les besoins dâarrosage. »
Cette distinction est devenue essentielle dans notre maniÚre de raconter nos expériences.
Nous partageons ce que nous avons observĂ©, dans notre contexte, sans garantir que le mĂȘme rĂ©sultat apparaĂźtra ailleurs.
đ 2024 : entretenir, consolider, transmettre
Une fois les grandes transformations réalisées, arrive la partie dont on parle beaucoup moins sur les réseaux sociaux :
lâentretien. đ
Avec Jayson et Lubin, lâhiver 2024-2025 est consacrĂ© Ă plusieurs interventions.
Nous récupérons des matiÚres organiques provenant notamment du champ mandala.
Certaines rejoignent différentes zones du potager.
Du lombricompost est utilisé dans le cadre de certaines de nos pratiques.
Les passages et les espaces sont réorganisés.
Et surtout, nous regardons ce quâil reste des amĂ©nagements prĂ©cĂ©dents.
Parce quâun projet comme celui-ci ne sâarrĂȘte pas au moment oĂč la derniĂšre branche est posĂ©e.
Il faut revenir.
Voir ce qui sâest affaissĂ©.
Ce qui a changé.
Ce qui est toujours utilisé.
Et ce qui mĂ©rite finalement dâĂȘtre repensĂ©.
Câest dans cette continuitĂ© quâarrive la Version 3.
đ Version 3 â 2025 : Nohlann et Kylian reprennent le chantier
En 2025, Nohlann, du Lycée Tracy de Vire, et Kylian, du Lycée La Salle Saint-Antoine à Bois, arrivent en stage.
Mais contrairement aux premiĂšres annĂ©es, ils nâentrent plus dans une friche.
Ils dĂ©couvrent un espace dĂ©jĂ amĂ©nagĂ© et chargĂ© de plusieurs annĂ©es dâexpĂ©rimentations.
Leur défi est donc différent.
Ils doivent commencer par comprendre ce qui existe.
Pourquoi cette butte est-elle ici ?
Ă quoi sert ce passage ?
Quelles matiÚres ont été utilisées ?
Quâest-ce qui a changĂ© depuis les premiĂšres constructions ?
Que pourrait-on modifier ?
Ils reprennent ainsi le mĂȘme processus que leurs prĂ©dĂ©cesseurs :
observer â analyser â proposer â discuter â mettre en Ćuvre â revenir observer.
Et la Version 3 commence.
đȘ” De nouvelles buttes forestiĂšres
Certaines buttes sont retravaillées et de nouvelles sont construites.
Nous continuons à utiliser principalement des matiÚres disponibles sur place ou issues de nos activités : branches, bois, feuilles, cartons et autres matiÚres organiques.
Chaque nouvelle construction devient aussi lâoccasion de comparer avec les prĂ©cĂ©dentes.
Parce quâentre la premiĂšre butte construite en 2023 et celles rĂ©alisĂ©es deux ans plus tard, notre regard a lui aussi Ă©voluĂ©.
đ CrĂ©er des buttes de permaculture forestiĂšres : retour sur nos expĂ©rimentations
đ Un jardin en trou de serrure
Autre chantier : le jardin en trou de serrure, ou keyhole garden.
Sa forme circulaire et son accĂšs central permettent dâorganiser autrement un petit espace cultivĂ©.
Pour Nohlann et Kylian, lâintĂ©rĂȘt est aussi pĂ©dagogique.
Il faut rĂ©flĂ©chir aux dimensions, aux matĂ©riaux disponibles, Ă la circulation et Ă lâusage futur de lâespace.
Autrement dit : ne pas simplement reproduire une photo vue sur Internet.
Il faut lâadapter au lieu.
đž Une safraniĂšre
Une nouvelle zone est également consacrée au safran.
LĂ encore, elle devient un espace dâobservation Ă part entiĂšre.
Comment organiser la plantation ?
Comment identifier la zone ?
Comment suivre son évolution au fil des saisons ?
Le projet ajoute ainsi une nouvelle expĂ©rience au potager-forĂȘt.
đ Un hĂŽtel Ă insectes
Nohlann et Kylian travaillent également sur un hÎtel à insectes.
Bois, tiges creuses et différents matériaux permettent de créer plusieurs cavités.
Lâobjectif pĂ©dagogique est surtout dâobserver si et comment certains organismes utilisent progressivement ces espaces.
Pas besoin de promettre quâun hĂŽtel Ă insectes va « crĂ©er de la biodiversitĂ© ».
On lâinstalle.
On regarde.
On identifie éventuellement les occupants.
Et on apprend.
đȘ± Le lombricompostage reste prĂ©sent
Ăvidemment, le lombricompostage continue de faire partie du projet.
Les vers de compost, les matiĂšres organiques et leur dĂ©composition sont au cĆur de notre mĂ©tier.
Les jeunes peuvent donc suivre différentes étapes :
les matiĂšres qui arrivent dans les lombricomposteurs ;
leur évolution ;
les vers qui y vivent ;
puis la matiÚre issue du lombricompostage que nous récupérons.
Du lombricompost peut ensuite ĂȘtre utilisĂ© dans certaines expĂ©rimentations du potager.
Mais là encore, nous ne le présentons pas comme un produit garantissant un effet particulier sur le sol ou les cultures.
đ Quand et comment utiliser le lombricompost au potager ? Nos pratiques Ă la ferme
đ± Trois versions⊠et aucune version dĂ©finitive
Version 1.
Version 2.
Version 3.
à premiÚre vue, on pourrait croire que nous cherchons à atteindre enfin « le potager parfait ».
Pas du tout. đ
Chaque version correspond surtout à une période différente de la ferme et aux personnes qui y ont travaillé.
En 2021, nous découvrions le terrain.
En 2023, Léo et Ludo ont profondément repensé son organisation.
En 2024, Jayson et Lubin ont entretenu et consolidĂ© lâexistant.
En 2025, Nohlann et Kylian ont repris cet héritage pour le faire évoluer à leur tour.
Et probablement quâun jourâŠ
il y aura une Version 4.
Parce quâun espace comme celui-ci nâest jamais rĂ©ellement terminĂ©.
đ Remerciements & transmission
Merci Ă Nohlann et Kylian pour leur implication dans cette troisiĂšme version du potager-forĂȘt.
Merci Ă LĂ©o et Ludo pour lâimpulsion donnĂ©e aux premiĂšres grandes transformations.
Merci Ă Jayson et Lubin pour leur travail dâentretien et de consolidation.
Merci à Matthew et Maëlle pour leurs actions sur le terrain et leur participation aux différents projets de la ferme.
Et merci à toutes celles et ceux qui ont contribué, parfois quelques heures seulement, parfois pendant plusieurs mois, à faire évoluer cet espace.
Nous remercions Ă©galement les Ă©quipes pĂ©dagogiques, les enseignant·e·s et les Ă©lĂšves du LycĂ©e Tracy de Vire pour leur confiance renouvelĂ©e. Cette dynamique rejoint aussi notre coopĂ©ration CĂŽte dâIvoire Ă France, construite autour des rencontres, des expĂ©riences de terrain et de la transmission agricole.
Merci également au Lycée La Salle Saint-Antoine à Bois pour sa confiance.
Au fil des annĂ©es, ce potager est devenu bien plus quâun lieu oĂč nous cultivons.
Câest un espace oĂč plusieurs gĂ©nĂ©rations apprennent les unes des autres.
đ Ce que raconte finalement cette histoire
Elle raconte dâabord un hĂ©ritage familial.
Une parcelle cultivée autrefois par le papi Bonneau.
Puis laissée progressivement sans entretien.
Une nouvelle génération arrive.
Elle nettoie.
Puis dâautres jeunes passent.
Ils dessinent.
Construisent.
Cultivent.
Testent.
Modifient.
Et transmettent Ă leur tour.
Aujourdâhui, le potager-forĂȘt HappyâVers â alias MystĂšre au PotaâVers â est Ă la fois un espace cultivĂ©, un terrain dâexpĂ©rimentation, un support pĂ©dagogique et un lieu de transmission intergĂ©nĂ©rationnelle.
Il ne constitue pas un « modÚle reproductible » à appliquer tel quel ailleurs.
Et câest justement ce qui le rend intĂ©ressant.
Il raconte ce que lâon peut apprendre lorsque lâon travaille plusieurs annĂ©es sur le mĂȘme lieu.
đż Et maintenant ?
Nous continuons.
Pas en cherchant Ă figer le potager dans sa Version 3.
Mais en revenant réguliÚrement observer ce qui change.
Les buttes vont évoluer.
Certaines matiÚres vont se décomposer.
Des constructions devront ĂȘtre entretenues.
Les cultures changeront.
De nouveaux jeunes arriveront peut-ĂȘtre avec des idĂ©es auxquelles nous nâavons pas pensĂ©.
Et ce sera trÚs bien comme ça.
Parce quâĂ la Ferme HappyâVers, la nature sâapprend surtout sur le terrain.
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âĄïž Comment cultiver sur notre carrĂ© potager lombricole
âĄïž CrĂ©er des buttes de permaculture forestiĂšres : arbres et vers de terre
âĄïž Le tressage des buttes forestiĂšres avec la MFR du Blayais
âĄïž Quand et comment utiliser le lombricompost au potager ? Nos pratiques
Au commencement, il y avait une parcelle familiale envahie de ronces et quelques vestiges dâune autre Ă©poque.
Aujourdâhui, il y a des buttes, des arbres, des lĂ©gumes, des vers⊠et surtout les traces de toutes celles et ceux qui ont appris ici avant de transmettre Ă leur tour. đ±đȘ±
