đ§ Comment aider le sol Ă garder lâeau ?
Quand les tempĂ©ratures montent et que la pluie se fait attendre, une question revient vite au jardin : comment Ă©viter que lâeau apportĂ©e disparaisse trop rapidement ?
On pourrait ĂȘtre tentĂ© de chercher le produit miracle. Une matiĂšre Ă ajouter. Une recette capable de transformer nâimporte quelle terre en Ă©ponge.
Mais sur le terrain, câest Ă©videmment plus compliquĂ©.
La quantitĂ© dâeau disponible pour les plantes dĂ©pend de nombreux facteurs : nature et structure du sol, vĂ©gĂ©tation, mĂ©tĂ©o, exposition, couverture de surface, enracinement, pratiques culturalesâŠ
Alors plutÎt que de promettre un jardin « sans arrosage », regardons ce sur quoi nous pouvons réellement agir.
đ PremiĂšre question : oĂč part lâeau ?
Une partie de lâeau prĂ©sente dans le sol peut repartir vers lâatmosphĂšre par Ă©vaporation, tandis que les vĂ©gĂ©taux perdent Ă©galement de lâeau par transpiration.
Câest ce que lâon retrouve dans la notion dâĂ©vapotranspiration.
Lorsque la surface du sol reste directement exposée au soleil, à la chaleur et au vent, les conditions peuvent favoriser son dessÚchement.
Avant de se demander quoi ajouter Ă la terre, il peut donc ĂȘtre intĂ©ressant de commencer par quelque chose de beaucoup plus simple :
regarder sa surface.
Est-elle nue ?
Couverte ?
TrÚs chaude en milieu de journée ?
Encore humide quelques centimĂštres plus bas ?
Câest lĂ que commence lâobservation.
đ 1. Couvrir le sol pour limiter lâĂ©vaporation
Le paillage consiste à disposer une couverture à la surface du sol : paille, feuilles mortes, broyat ou autres matériaux adaptés selon le contexte.
Cette couverture peut notamment limiter lâĂ©vaporation de lâeau depuis la surface du sol.
Et câest probablement lâun des gestes les plus accessibles Ă tester dans un jardin.
Mais là encore, évitons la recette universelle.
Tous les matĂ©riaux ne se comportent pas de la mĂȘme maniĂšre et lâĂ©paisseur, la saison, les cultures prĂ©sentes et les conditions du terrain comptent.
Chez nous, nous utilisons différentes matiÚres selon les zones disponibles et ce que nous avons sous la main.
Puis nous regardons ce qui se passe dessous.
Et parfois, le meilleur outil est simplement⊠un doigt. đ
Ăcarte le paillage et touche la terre.
La diffĂ©rence avec une zone voisine restĂ©e dĂ©couverte peut dĂ©jĂ ĂȘtre intĂ©ressante Ă observer.
đ± 2. Ăviter de laisser toutes les surfaces systĂ©matiquement nues
Une autre piste consiste à réfléchir à la couverture végétale.
Cultures, couverts vĂ©gĂ©taux, vĂ©gĂ©tation spontanĂ©e conservĂ©e dans certaines zones⊠selon les usages du lieu, toutes les surfaces nâont pas nĂ©cessairement besoin de rester parfaitement nues.
Attention cependant Ă une idĂ©e trop simpliste : les vĂ©gĂ©taux consomment eux aussi de lâeau.
Il ne suffit donc pas de dire « plus de plantes = plus dâeau conservĂ©e ».
Comme souvent, tout dépend du contexte.
Au potager, dans une allĂ©e, sous des arbres ou entre deux cultures, les objectifs ne sont pas les mĂȘmes.
La bonne question reste :
quâest-ce que je cherche Ă obtenir sur cette zone ?
đŠ 3. Regarder avant dâarroser
En été, il est facile de prendre une habitude :
« Il fait chaud, donc jâarrose. »
Mais la surface ne raconte pas toujours ce qui se passe quelques centimĂštres plus bas.
Avant dâarroser, nous pouvons vĂ©rifier lâhumiditĂ© sous la couverture ou lĂ©gĂšrement en profondeur.
Cela ne permet Ă©videmment pas de dĂ©terminer prĂ©cisĂ©ment les besoins hydriques dâune culture, mais cela Ă©vite au moins de dĂ©cider uniquement Ă partir de lâapparence de la surface.
Les besoins varient selon les plantes, leur stade de développement, les températures et les caractéristiques du terrain.
Lâobjectif nâest donc pas de chercher Ă supprimer lâarrosage, mais de lâadapter Ă ce que lâon observe et aux cultures prĂ©sentes.
đł 4. Les arbres peuvent-ils aider ?
Dans lâancienne version de cet article, nous prĂ©sentions presque lâagroforesterie comme une solution automatique au manque dâeau.
Câest beaucoup trop simple.
Les arbres modifient leur environnement : ils crĂ©ent notamment de lâombre et possĂšdent leurs propres systĂšmes racinaires.
Mais ils utilisent Ă©galement de lâeau.
Selon les espĂšces, leur Ăąge, leur implantation, les cultures voisines, la saison et le contexte climatique, leurs interactions avec les autres vĂ©gĂ©taux peuvent ĂȘtre trĂšs diffĂ©rentes.
Ă la Ferme HappyâVers, nous plantons des arbres et faisons Ă©voluer progressivement certaines parcelles vers des systĂšmes plus arborĂ©s.
Nous observons notamment lâombre créée, lâĂ©volution de la vĂ©gĂ©tation et les diffĂ©rences entre les zones.
Ce sont nos observations de terrain.
Pas une promesse selon laquelle planter un arbre permettrait automatiquement dâarroser moins.
đ De champ maraĂźcher Ă jeune forĂȘt nourriciĂšre
đȘ± 5. Et les vers de terre ?
Les vers sont Ă©videmment intĂ©ressants Ă observer lorsquâon parle du sol.
Mais dans lâancienne version de cet article, nous les avions transformĂ©s en vĂ©ritables ingĂ©nieurs hydrauliques. đ
Les diffĂ©rentes catĂ©gories Ă©cologiques de vers nâoccupent pas les mĂȘmes milieux et ne construisent pas les mĂȘmes types de galeries.
Les anéciques, par exemple, peuvent former des galeries verticales permanentes ou semi-permanentes.
Ces structures peuvent intervenir dans les circulations dâeau dans le sol.
Mais cela ne signifie pas que « mettre des vers » dans une parcelle permet de rĂ©soudre un problĂšme de sĂ©cheresse ou dâarrosage.
Et surtout, les vers de compost que nous Ă©levons, notamment Eisenia fetida, sont des Ă©pigĂ©s. Leur mode de vie est diffĂ©rent de celui des grands vers fouisseurs que lâon rencontre dans certains sols.
đ Ce que les vers racontent selon leur milieu naturel
đȘ± 6. Le lombricompost permet-il au sol de retenir davantage dâeau ?
Câest ici que nous devons corriger fortement lâancienne version de ce PermaâTuto.
Nous affirmions que notre lombricompost :
-
augmentait la rĂ©tention dâeau ;
-
structurait et aérait le sol ;
-
attirait les vers ;
-
amĂ©liorait lâenracinement ;
-
permettait dâespacer voire de supprimer les arrosages.
Nous ne pouvons pas présenter ces effets comme des performances garanties de notre produit.
Le lombricompost est une matiĂšre issue du processus de lombricompostage.
Nous lâutilisons et lâexpĂ©rimentons dans diffĂ©rentes situations Ă la ferme, mais cela ne nous permet pas de promettre quâune poignĂ©e de notre lombricompost transformera un sol donnĂ© en « rĂ©serve dâeau ».
Les performances agronomiques dâune matiĂšre fertilisante relĂšvent dâun cadre rĂ©glementĂ© et doivent ĂȘtre Ă©tablies dans les conditions correspondant au produit concernĂ©.
Alors gardons les sujets Ă leur juste place :
le paillage peut limiter lâĂ©vaporation depuis la surface ; le lombricompost, lui, nâest pas notre produit miracle contre la sĂ©cheresse.
đ 7. Comparer deux zones plutĂŽt que chercher une recette
Voilà une petite expérience beaucoup plus intéressante.
Choisis deux petites zones comparables de ton jardin.
Laisse lâune dĂ©couverte et couvre lâautre avec un paillage adaptĂ©.
AprÚs quelques journées chaudes, écarte doucement la couverture et observe.
Quelle est la température ressentie au toucher ?
La surface a-t-elle le mĂȘme aspect ?
Quelle humidité observes-tu légÚrement en profondeur ?
Comment cela évolue-t-il au fil des jours ?
Tu nâobtiendras pas une Ă©tude scientifique.
Mais tu commenceras Ă lire ton propre terrain plutĂŽt quâĂ appliquer aveuglĂ©ment une recette trouvĂ©e sur Internet.
Et ça change déjà beaucoup de choses.
đŠïž Une mĂ©thode qui fonctionne chez le voisin fonctionnera-t-elle chez toi ?
Pas nécessairement.
Un sol sableux et un sol argileux ne rĂ©agissent pas de la mĂȘme maniĂšre.
Un potager exposé toute la journée et une parcelle partiellement ombragée non plus.
Ajoutons Ă cela les cultures, les tempĂ©ratures, le vent, les prĂ©cipitations, la profondeur du sol, les pratiques antĂ©rieuresâŠ
Et nous comprenons vite pourquoi il faut se méfier des phrases du type :
« Fais ça et tu nâauras plus besoin dâarroser. »
La réalité est moins spectaculaire.
Mais beaucoup plus intéressante.
đ§ Les 5 questions Ă se poser avant dâarroser
1. La terre est-elle réellement sÚche sous la surface ?
Regarde légÚrement en profondeur plutÎt que seulement la couche supérieure.
2. Le sol est-il couvert ?
Une couverture adaptĂ©e peut limiter lâĂ©vaporation depuis sa surface.
3. Quelle plante est concernée ?
Les besoins ne sont pas identiques selon les espÚces et leur stade de développement.
4. Quelle météo est annoncée ?
Température, vent et précipitations peuvent modifier rapidement la situation.
5. Quâobserves-tu aprĂšs ton arrosage ?
Lâeau pĂ©nĂštre-t-elle ? Reste-t-elle en surface ? Ruisselle-t-elle ? Combien de temps la zone reste-t-elle humide ?
Ces observations valent souvent davantage quâune frĂ©quence dâarrosage donnĂ©e sans connaĂźtre ton jardin.
đż Finalement, comment aider son sol Ă garder lâeau ?
Il nâexiste pas un geste unique.
Mais nous pouvons commencer par limiter lâexposition directe de la surface lorsque câest pertinent, observer lâhumiditĂ© avant dâarroser, adapter les pratiques aux cultures et comparer ce qui se passe dans diffĂ©rentes zones.
Et surtout, accepter quâen pĂ©riode chaude et sĂšche, certaines plantes auront besoin dâeau.
Le jardin autonome qui ne réclame jamais une goutte est une jolie histoire.
Sur le terrain, nous préférons une approche moins spectaculaire :
observer, couvrir lorsque câest pertinent, arroser lorsque câest nĂ©cessaire⊠puis ajuster.
Parce quâaider le sol Ă garder lâeau ne commence probablement pas avec une recette miracle.
Cela commence en mettant les mains dedans. đ§đ±
đ Pour poursuivre
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