🪱 Vers de terre, vers à compost et lombricompost : qui fait quoi ?
50 nuances de vers
Un ver est un ver ?
Pas vraiment. 🪱
Sous nos pieds, dans la litière de feuilles, dans un tas de matière organique ou dans un lombricomposteur, tous les vers de terre ne vivent pas au même endroit et n’ont pas les mêmes comportements.
Et c’est justement ce qui explique pourquoi on ne prend pas simplement des vers dans son jardin pour les installer dans un lombricomposteur.
Pour comprendre le lombricompostage, commençons donc par faire connaissance avec ceux qui travaillent dans la matière organique.
🌱 Les vers de terre : plusieurs stratégies de vie
On présente traditionnellement les vers de terre en trois grandes catégories écologiques : les épigés, les endogés et les anéciques.
Cette classification historique reste pratique pour comprendre leurs grandes différences, même si les recherches actuelles montrent une réalité plus nuancée : certaines espèces peuvent présenter des caractéristiques intermédiaires entre plusieurs catégories.
👉 Découvrir les travaux de l’INRAE sur les catégories écologiques des vers de terre
🍂 Les épigés : près de la surface et de la matière organique
Les vers épigés vivent principalement dans les couches superficielles riches en matières organiques : litière de feuilles, fumier, compost ou autres accumulations de matières en décomposition.
Ils sont particulièrement adaptés à cet environnement.
Et c’est dans ce groupe que l’on retrouve plusieurs espèces utilisées en lombricompostage.
🌍 Les endogés : dans le sol
Les endogés vivent davantage dans le sol minéral et y creusent principalement des galeries.
Ils ingèrent de la terre contenant de la matière organique et participent, avec les autres organismes du sol, à son fonctionnement.
🕳️ Les anéciques : entre profondeur et surface
Les anéciques creusent généralement des galeries plus verticales et peuvent remonter à la surface pour récupérer des matières végétales qu’ils entraînent vers leurs galeries.
Le fameux « gros ver de terre » que l’on imagine sortir de sa galerie après la pluie appartient souvent à ce type de stratégie écologique.
Ces trois grandes catégories permettent de comprendre une chose essentielle :
tous les vers de terre ne sont pas des vers à compost.
🪱 Alors, quels vers utilise-t-on pour lombricomposter ?
Pour le lombricompostage, on recherche surtout des espèces épigées, naturellement adaptées aux milieux riches en matières organiques en décomposition.
Parmi les espèces utilisées dans le monde pour le lombricompostage, on retrouve notamment Eisenia fetida, Eisenia andrei, Dendrobaena veneta, Eudrilus eugeniae ou encore Perionyx excavatus, selon les contextes et les conditions d’élevage.
👉 Découvrir une synthèse scientifique sur les espèces utilisées en lombricompostage
Chez Happy’Vers, l’espèce que vous rencontrerez notamment dans nos élevages est Eisenia fetida.
❤️ Eisenia fetida
Eisenia fetida est l’une des espèces les plus couramment utilisées et étudiées en lombricompostage.
C’est un ver épigé adapté aux matières organiques en décomposition.
Il est également très utilisé dans la recherche scientifique, notamment pour les travaux portant sur le lombricompostage et l’écotoxicologie.
❤️ Eisenia andrei
Eisenia andrei est très proche morphologiquement d’Eisenia fetida, au point que les deux ont longtemps été confondus.
Il s’agit pourtant bien de deux espèces distinctes.
Des travaux scientifiques ont notamment mis en évidence leur isolement reproductif ainsi que des différences dans certains paramètres de croissance et de reproduction.
👉 Découvrir l’étude consacrée aux différences entre Eisenia fetida et Eisenia andrei
❤️ Dendrobaena veneta
Dendrobaena veneta, que l’on retrouve parfois sous l’ancienne appellation Eisenia hortensis, fait également partie des espèces utilisées dans certains systèmes de lombricompostage.
Elle a notamment été étudiée aux côtés d’Eisenia fetida et d’Eisenia andrei dans différents procédés de lombricompostage.
👉 Voir une étude comparant Eisenia fetida, Eisenia andrei et Dendrobaena veneta en lombricompostage
Et Lumbricus rubellus ?
Cette espèce existe bien et peut être associée aux milieux superficiels riches en matière organique. Mais la présenter comme « un gros ver vorace utilisé pour le compostage industriel des déchets alimentaires » serait beaucoup trop simplificateur.
Pour débuter un lombricomposteur domestique, retenons surtout les espèces classiquement élevées à cet usage, et notamment Eisenia fetida.
🍎 Que mangent réellement les vers à compost ?
Voilà une question que l’on nous pose tout le temps.
Et la réponse mérite une petite nuance.
Dans un lombricomposteur, les vers ne travaillent pas seuls.
Bactéries, champignons et autres organismes participent également à la décomposition des matières organiques. Les vers fragmentent et ingèrent une partie de cette matière déjà en transformation : le lombricompostage repose donc sur l’activité combinée des vers et des micro-organismes.
On peut notamment apporter progressivement des matières adaptées comme des épluchures de fruits et légumes et certains restes végétaux, en équilibrant les apports avec des matières carbonées comme le carton brun non plastifié.
Toutes les matières de cuisine ne se gèrent cependant pas de la même manière.
Agrumes, ail, oignon ou échalote ne sont pas nécessairement « interdits », mais des quantités importantes peuvent déséquilibrer un petit lombricomposteur. Viandes, poissons, produits très gras ou plats en sauce sont généralement évités dans un lombricomposteur domestique, notamment pour limiter les nuisances et les déséquilibres.
Et contrairement à une idée reçue, ajouter du carton n’a pas pour fonction première de « faire reproduire les vers ».
Il contribue surtout à équilibrer les apports, à structurer la matière et à gérer l’humidité.
👉 Découvrir les bases du lombricompostage
🔄 Du biodéchet au lombricompost : un travail collectif
Les vers ne « mangent pas plusieurs fois le même déchet pour fabriquer du lombricompost ».
La réalité est plus intéressante.
Dans le lombricomposteur, les matières organiques évoluent progressivement sous l’action d’une communauté d’organismes.
Les micro-organismes participent à leur décomposition.
Les vers ingèrent une partie des matières en transformation et des micro-organismes associés.
Le passage dans leur tube digestif participe au processus.
Progressivement, la matière initiale change d’aspect et de structure.
Le produit obtenu après un lombricompostage correctement conduit est ce que nous appelons le lombricompost.
C’est donc moins l’histoire d’un ver qui « transforme tout seul un déchet » que celle d’un processus biologique auquel les vers participent avec toute une communauté d’organismes.
Et franchement, cette version de l’histoire est encore plus fascinante. 🪱
🌱 Le lombricompost, parfois surnommé « l’or noir du jardinier »
Le lombricompost est la matière obtenue à l’issue du processus de lombricompostage.
On le retrouve utilisé en jardinage et en horticulture, notamment en mélange avec d’autres supports de culture ou au moment de certaines plantations.
Mais attention à une idée qui circule beaucoup :
« naturel » ne signifie pas « à utiliser sans limite ».
La proportion adaptée dépend du lombricompost utilisé, de sa maturité, de sa composition, du support auquel il est mélangé et de l’usage recherché.
Nous préférons donc éviter une recette universelle du type « minimum 30 % » ou « jusqu’à 100 % » valable pour toutes les plantes et toutes les situations.
Pour nos propres produits et pratiques, référez-vous toujours aux recommandations correspondant à l’usage choisi.
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🪱 Alors, que faut-il retenir ?
Si vous ne deviez garder que quelques idées de cette histoire :
-
tous les vers de terre n’ont pas le même mode de vie ;
-
les vers utilisés en lombricompostage appartiennent principalement à des espèces adaptées aux matières organiques superficielles ;
-
Eisenia fetida et Eisenia andrei sont deux espèces distinctes très utilisées en lombricompostage ;
-
les vers ne travaillent jamais seuls : les micro-organismes participent eux aussi au processus ;
-
le lombricompost est le produit obtenu à l’issue de cette transformation ;
-
son utilisation doit être adaptée au produit, à la plante et à la situation.
La prochaine fois que vous croiserez un ver dans votre jardin, ne l’embarquez donc pas automatiquement pour votre lombricomposteur. 😅
Il avait peut-être déjà son propre métier sous vos pieds.
📚 Pour vérifier et aller plus loin
👉 INRAE – Earthworms: unearthing new knowledge
👉 ScienceDirect – Vermicomposting : présentation du processus et des principales espèces utilisées
👉 Étude comparative sur Eisenia fetida, Eisenia andrei et Dendrobaena veneta en lombricompostage
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